Le Tohoku n'est pas en retard, il est en avance
Le grand nord de Honshu souffre d'un malentendu tenace auprès des voyageurs francophones : on l'imagine comme une destination d'hiver, ou comme un détour qu'on fera « la prochaine fois ». En automne, c'est pourtant la région qui commence en premier sur l'île principale. Les hauteurs d'Aomori colorent dès la fin septembre, quand Kyoto est encore intégralement verte et le restera plus de deux mois.
Il y a là un arbitrage rarement posé. Si votre voyage tombe entre la fin septembre et la mi-octobre, aucune des destinations classiques ne vous donnera de feuillage : ni Kyoto, ni Tokyo, ni Osaka. Le Tohoku, si. Et il vous le donnera sans les files d'attente qui définissent la saison dans le Kansai. Notre calendrier du koyo région par région pose les repères nationaux ; cette page descend au niveau des sites.
Un mois d'écart à l'intérieur d'une seule région
Le Tohoku, ce sont six préfectures, plus de 500 kilomètres du nord au sud, et des massifs volcaniques dépassant 1 600 mètres. Le résultat, c'est un étalement interne considérable : les sommets d'Aomori virent fin septembre, tandis que la date normale du koyobi de l'érable à Sendai tombe au 21 novembre. Presque deux mois d'écart, à l'intérieur d'une même région.
Ce qui suit est donc à lire avec une carte et une altitude en tête, pas avec un simple mois.
Les sites, du plus précoce au plus tardif
| Site | Préfecture | Période habituelle de pic |
|---|---|---|
| Hakkoda (téléphérique et massif) | Aomori | Fin septembre à mi-octobre |
| Bandai-Azuma Skyline (Jododaira) | Fukushima | Fin septembre à mi-octobre |
| Zao Echo Line | Yamagata / Miyagi | Fin septembre à fin octobre |
| Torrent d'Oirase et lac Towada | Aomori | Mi-octobre à fin octobre |
| Gorges de Naruko | Miyagi | Fin octobre à début novembre |
| Parc de Hirosaki | Aomori | Fin octobre à mi-novembre |
| Rairaikyo (Akiu, Sendai) | Miyagi | Début à mi-novembre |
Chaque ligne est sourcée dans la section correspondante ci-dessous. Ce sont des périodes habituelles : les prévisions japonaises de la saison en cours ne sont publiées qu'à partir de septembre, et doivent être recoupées avant de figer un itinéraire.
Hakkoda : le premier feuillage de Honshu
Le massif volcanique de Hakkoda, au sud d'Aomori, ouvre la saison. Le site officiel du tourisme de la préfecture d'Aomori situe le feuillage de la fin septembre à la mi-octobre, et indique un trajet d'environ dix minutes pour la montée en téléphérique (Amazing AOMORI, téléphérique de Hakkoda, consulté le 25 août 2026). Les tarifs figurent sur cette même fiche mais évoluent : consultez-les sur le site de l'exploitant avant de partir.
La particularité de Hakkoda est qu'à cette altitude, il peut déjà neiger en octobre. La combinaison feuillage rouge et premières neiges y est une image récurrente, et un rappel qu'on ne monte pas là en tenue de ville.
Bandai-Azuma Skyline : l'automne en gradation sur 29 kilomètres
Côté Fukushima, la Bandai-Azuma Skyline est une route panoramique de 29 kilomètres environ, culminant à 1 622 mètres, entre l'onsen de Takayu et le col de Tsuchiyu. La fédération touristique de Fukushima donne un pic habituel de la fin septembre à la mi-octobre, et précise que la route est fermée pour l'hiver de la mi-novembre au début avril (ふくしまの旅, fiche Bandai-Azuma Skyline).
L'intérêt de cette route, c'est qu'elle traverse les étages : le plateau de Jododaira, le « jardin du tengu » et le vallon de Tsubakuro-dani ne colorent pas ensemble. On y voit littéralement le dégradé le long du versant.
Zao Echo Line : la traversée Yamagata–Miyagi
La Zao Echo Line franchit le massif de Zao sur environ 26 kilomètres, entre Kaminoyama côté Yamagata et le bourg de Zao côté Miyagi. Le site officiel du tourisme de la préfecture de Yamagata indique un pic habituel de la fin septembre à la fin octobre, et une fermeture hivernale du début novembre à la fin avril (やまがたへの旅, Zao Echo Line). Pour la saison 2025-2026, la fiche mentionnait une fermeture le 4 novembre 2025 à 17 h et une réouverture prévue le 24 avril 2026 à 11 h, l'ordre de grandeur est stable d'une année sur l'autre, la date exacte non.
C'est le point à retenir sur toutes ces routes d'altitude : elles ferment souvent avant même la fin du koyo en plaine. Un itinéraire de fin novembre au Tohoku n'aura tout simplement plus accès aux cols.
Oirase et le lac Towada : le classique
Le torrent d'Oirase, seul émissaire du lac Towada, est le site de feuillage le plus connu du Tohoku : quatorze kilomètres de sentier plat le long de l'eau, entre cascades et mousses. L'association du parc national situe la belle période de la mi-octobre à la fin octobre, la coloration étant préparée par les nuits fraîches à partir de la mi-septembre (十和田湖国立公園協会, les saisons d'Oirase).
Un point pratique décisif : au pic de la saison, une restriction de circulation des véhicules particuliers est mise en place sur la route nationale 102 entre Ishigedo et Nenokuchi, avec navettes payantes pour compenser. Le conseil intercommunal qui la pilote publie chaque année les dates et le dispositif (奥入瀬渓流, restriction de circulation). Si vous conduisez, vérifiez-la : elle peut vous obliger à garer la voiture et à finir à pied, en vélo ou en navette, ce qui, soit dit en passant, est de loin la meilleure façon de voir Oirase.
Hachimantai : la route qui ferme tôt
Entre Iwate et Akita, l'Aspite Line traverse le plateau de Hachimantai. La coloration commence par les sommets à la mi-septembre et descend jusqu'aux abords du plateau vers la mi-octobre. Mais c'est une des routes les plus contraintes du pays : elle passe en fermeture nocturne dès la mi-octobre, puis en fermeture hivernale complète au début novembre, pour ne rouvrir qu'à la mi-avril, la réouverture 2026 a eu lieu le 15 avril, avec des murs de neige atteignant 7,1 mètres (いわての旅, fermetures nocturne et hivernale de l'Aspite Line).
Traduction : la fenêtre pour voir le koyo de Hachimantai en voiture et de jour est étroite, à peu près trois semaines. Il faut la caler, pas l'improviser.
Gorges de Naruko : le canyon d'érables
Dans le nord de Miyagi, les gorges de Naruko offrent la vue de carte postale de la région : une entaille de cent mètres de profondeur, entièrement tapissée d'érables et de hêtres, vue depuis le belvédère de la maison de repos. La fédération touristique de Miyagi donne un pic habituel de la fin octobre au début novembre (宮城まるごと探訪, gorges de Naruko).
La ville d'Osaki, qui gère le site, apporte deux précisions utiles : le sentier principal est ouvert de 9 h à 16 h jusqu'à la fin novembre, tandis que la grande promenade d'Obukazawa reste accessible toute la journée ; et la route nationale 47 est congestionnée pendant toute la saison du feuillage (ville d'Osaki, gorges de Naruko). Naruko est aussi une station thermale ancienne, ce qui en fait une étape de nuit plutôt qu'un arrêt photo.
Hirosaki et Rairaikyo : la fin de saison
Quand les cols ont fermé, deux valeurs sûres prennent le relais. Le parc de Hirosaki, plus connu pour ses cerisiers, aligne aussi un millier d'érables autour des douves du château : la coloration démarre vers la fin octobre et le pic tombe habituellement à la mi-novembre, période sur laquelle se cale la fête des chrysanthèmes et des érables organisée dans le jardin botanique du château (office de tourisme et des congrès de Hirosaki).
Au sud, à vingt minutes de Sendai, les gorges de Rairaikyo entaillent la rivière Natori à l'entrée de la station thermale d'Akiu. La fédération touristique de Miyagi y indique un pic du début à la mi-novembre (宮城まるごと探訪, Rairaikyo), c'est le dernier feuillage vraiment accessible de la région, et le plus facile à combiner avec un séjour urbain. Notre guide de Sendai et du Tohoku couvre la base logistique.