Oshogatsu : la vraie grande fête japonaise
Si vous ne deviez retenir qu'une chose : au Japon, Noël est un événement commercial et le nouvel an est la fête familiale. C'est l'inverse exact du calendrier européen. Le passage à l'année nouvelle, l'oshogatsu, est le moment où les Japonais rentrent chez leurs parents, où les entreprises ferment, où l'on mange des plats qu'on ne mange qu'à ce moment-là, et où l'on se rend au sanctuaire ou au temple pour la première prière de l'année.
Pour un voyageur, c'est à la fois une chance rare, assister à quelque chose d'authentiquement japonais, pas à un spectacle pour touristes, et un vrai piège logistique, parce qu'une partie du pays s'arrête. Cet article traite les deux.
Quels jours sont réellement fériés, et lesquels ne le sont pas
Point de départ souvent mal compris : le seul jour férié officiel de la période est le 1er janvier (Ganjitsu). Le 31 décembre, le 2 et le 3 janvier ne sont pas des jours fériés au sens de la loi. Le jour férié suivant est le Seijin no hi, la fête de la majorité, fixé au deuxième lundi de janvier, soit le 11 janvier 2027. Liste officielle sur la page des jours fériés nationaux du Cabinet Office japonais.
Mais le calendrier légal ne dit pas tout. Deux autres textes créent la fermeture réelle du pays :
- La loi sur les jours de fermeture des administrations classe comme jours de repos la période du 29 décembre au 3 janvier. Mairies, bureaux de poste (guichets), services publics : fermés.
- Le décret d'application de la loi bancaire fixe comme jours de fermeture des banques la période du 31 décembre au 3 janvier, en plus des samedis, dimanches et jours fériés. Guichets et bureaux de change bancaires fermés, texte consultable sur e-Gov, base officielle de la législation japonaise.
Dans les faits, la plupart des entreprises calquent leurs congés sur la fenêtre du 29 décembre au 3 janvier, et beaucoup de commerces indépendants ferment du 31 décembre au 3 janvier inclus. Les distributeurs automatiques bancaires restent généralement accessibles, mais avec des horaires et des frais de type « jour férié ». Prévoyez du liquide avant le 30 décembre : c'est l'erreur classique du voyageur qui arrive le 31.
Le 31 décembre : omisoka
La dernière journée de l'année, l'omisoka, a ses rituels.
Le grand ménage et les décorations
L'osoji, le grand nettoyage de fin d'année, prépare la maison à recevoir la divinité de l'année. Devant les portes apparaissent le kadomatsu (composition de pin et de bambou coupé en biseau) et le shimekazari (corde de paille tressée et papier plié). Vous les verrez partout à partir de fin décembre, y compris devant les commerces et les gares : c'est l'un des plus beaux moments de l'année pour photographier des devantures japonaises.
Les soba du passage de l'année
Le soir du 31, on mange des toshikoshi soba, des nouilles de sarrasin dont la longueur symbolise la longévité et la facilité à rompre le fait qu'on tranche avec les malheurs de l'année écoulée. Les restaurants de soba affichent complet ; les konbini en vendent des versions prêtes à réchauffer, ce qui est parfaitement acceptable même pour les Japonais. Voir notre guide des konbini.
Le Kohaku et la cloche des 108 coups
À la télévision, la NHK diffuse le Kohaku Uta Gassen, le grand concours de chant qui oppose une équipe rouge à une équipe blanche : c'est un rituel télévisuel national depuis des décennies. Puis, un peu avant minuit, les temples bouddhiques font sonner le joya no kane, la cloche du passage de l'année, frappée 108 fois. Le chiffre est traditionnellement rattaché aux 108 bonno, les passions et attachements qui entravent l'esprit dans la doctrine bouddhique, plusieurs comptages coexistent pour arriver à 108, et aucun ne fait consensus.
Certains temples autorisent le public à frapper la cloche, parfois sur inscription ou par tirage au sort, parfois dans la limite des premiers arrivés. Les modalités changent chaque année et ne sont publiées qu'en décembre : renseignez-vous directement auprès du temple visé. Pour comprendre la différence entre temple bouddhique et sanctuaire shinto, lisez notre guide des temples et sanctuaires.
Hatsumode : la première visite de l'année
Le hatsumode est la première visite de l'année à un sanctuaire shinto ou à un temple bouddhique. On y va pour remercier, formuler un vœu pour l'année, tirer un omikuji (oracle sur papier), acheter une hamaya (flèche protectrice) ou une amulette, et rapporter les amulettes de l'an passé pour qu'elles soient brûlées.
La pratique s'étale généralement sur les trois premiers jours de janvier, les sanganichi, mais rien n'oblige à s'y presser : beaucoup de Japonais y vont dans les deux premières semaines, et vous aurez une expérience infiniment plus agréable le 5 ou le 8 janvier que le 1er à midi.
Combien de monde, vraiment ?
Vous lirez partout des chiffres de fréquentation spectaculaires pour Meiji Jingu ou Senso-ji. Ces chiffres circulent sans source primaire vérifiable : ni Meiji Jingu ni le Senso-ji ne publient de statistiques officielles de fréquentation du nouvel an. Nous ne les reprenons donc pas. Ce qu'on peut dire honnêtement, sur la base de ce que les sanctuaires eux-mêmes communiquent : l'affluence est telle qu'elle impose des sens de circulation, des sas d'attente et des restrictions de voirie autour des grands sites.
Les horaires : l'exemple documenté de Meiji Jingu
Meiji Jingu, à Harajuku, est le grand sanctuaire de Tokyo et le seul à publier des horaires détaillés. Pour le nouvel an 2026 (les horaires du nouvel an 2027 n'étaient pas encore publiés à la rédaction de cet article, fin août 2026), le sanctuaire annonçait :
| Date | Ouverture | Fermeture |
|---|---|---|
| 31 décembre | 6h40 | ouvert en continu jusqu'au 1er |
| 1er janvier | 0h00 | 18h30 |
| 2 et 3 janvier | 6h40 | 18h00 |
| 4 janvier | 6h40 | 17h30 |
| à partir du 5 janvier | 6h40 | 16h20 |
Le sanctuaire signale que les créneaux les plus chargés sont, chaque année, de 22h le 31 décembre à 3h du matin le 1er janvier, puis à partir de 10h du matin les trois premiers jours. Les véhicules ne peuvent pas accéder à l'enceinte pendant les sanganichi. Trois entrées existent : Harajuku (sud, à une minute de la gare JR), Yoyogi (nord) et Sangubashi (ouest), les deux dernières sont systématiquement moins engorgées. Vérifiez le calendrier de l'année en cours sur la page hatsumode officielle de Meiji Jingu.
Les autres grands sites
À Tokyo, le Senso-ji d'Asakusa est l'autre pôle majeur : l'enceinte reste accessible en permanence, mais le hall principal a ses propres horaires, le temple indique une ouverture de 6h00 à 17h00, décalée à 6h30 d'octobre à mars, et des sens de circulation obligatoires sont mis en place les trois premiers jours de janvier. Le calendrier de nouvel an (cérémonies shushoe et grande prière de nouvelle année) n'est détaillé qu'en fin d'année : consultez le site officiel du Senso-ji et notre guide d'Asakusa.
Dans la préfecture de Chiba, le Naritasan Shinsho-ji, à quelques stations de l'aéroport de Narita, est l'un des plus fréquentés de tout le pays. Le temple y célèbre le 1er janvier une grande cérémonie du feu (goma) de nouvelle année, et met en vente ses amulettes de nouvel an dès la fin décembre, informations officielles du Naritasan Shinsho-ji. C'est une excellente option si vous atterrissez ou repartez de Narita pendant la période.